19 avril 2016

Trajectoire organisationnelle des taxis motos à Lomé depuis leur apparition: de la diabolisation à l’institutionnalisation

Trajectoire
organisationnelle des taxis motos à Lomé depuis leur apparition: de la diabolisation à l’institutionnalisation

Auteur: Assogba GUÉZÉRÉ, Maitre de conférences, Université de Kara, Togo

Les motocyclettes comme mode de transport à usage commercial ont connu une forte croissance durant les 20 dernières années en Afrique subsaharienne, en Amérique latine et en Asie. Au Togo où les transports artisanaux représentent une composante essentielle du transport urbain, le phénomène taxi-moto a fait son apparition à la fin de 1992 au début du processus démocratique et des mouvements insurrectionnels. C’est avec la grève générale illimitée de novembre 1992 que ce nouveau mode de transport artisanal originaire du Bénin s’est emparé des Togolais en proie à la fois à la crise des transports et à la crise d’emploi. C’était l’unique offre de transport accessible aux citadins où acteurs et usagers ont trouvé une occasion de survie pour réduire les effets négatifs d’une grève qui ne faisait qu’appauvrir quotidiennement les populations.

A ses débuts, cette pratique s’est faite dans une indifférence doublée de tolérance tacite des pouvoirs publics dans la mesure où les taxis motos permettaient une mobilité que n’assuraient plus les taxis collectifs traditionnels en grève. Avec le développement du secteur en 1995, les autorités municipales et les pouvoirs publics ont commencé par dénoncer le désordre et les effets négatifs qui y régnaient: congestion urbaine, insécurité routière et accident, insurrection, troubles sociaux, pollution, non respect des réglementations en vigueur sur le transport urbain au Togo. C’est le début de la diabolisation des taxis motos pendant laquelle des campagnes de répression sont organisées ça et la pour mettre fin à une activité qui risquait de devenir dangereuse et pernicieuse pour le pays si on ne l’arrête pas. Devant l’impasse d’une politique répressive qui ne proposait pas de solutions alternatives d’offre de transport et l’impuissance des pouvoirs publics à offrir des emplois aux jeunes, ils étaient obligés de tolérer, voire autoriser peu à peu l’apport de cette forme de transport dans le développement de l’économie urbaine. Cette phase d’institutionnalisation de l’exploitation commerciale des motocyclettes dans le paysage urbain a été marquée par la mise en place d’un cadre institutionnel et réglementaire dont nous parlerons dans notre présentation. Malheureusement, les efforts déployés par les autorités pour réglementer le marché n’ont pas encore réussi à imposer la discipline des acteurs, ce qui explique encore l’anarchie et le problème d’insécurité permanente observés partout.

L’objectif de cette communication est donc de décrire les différentes phases traversées par les taxis motos depuis leur apparition jusqu’à leur intégration officielle dans le système de transport urbain à Lomé. Nous questionnerons l’évolution de cette activité de moto-taxi à l’épreuve de la réglementation et nous analyserons son avenir dans le processus actuel de métropolisation et de modernisation de Lomé.