Quels noms pour le transport artisanal en Afrique ?

Quels noms pour le transport artisanal en Afrique ?
Publication Vendredi 31 Mars 2017

Quels noms pour le transport artisanal en Afrique ?

Recenser les termes

Bien que connus et souvent utilisés dans la littérature sur le transport artisanal, peu de documents s’intéressent à la signification des termes employés pour désigner les différents modes du transport artisanal. En Afrique, en particulier, ces termes montrent une myriade d’options allant de termes locaux pour décrire une situation problématique à des termes que reprennent le nom d’une personne.

Des termes utilisés dans le quotidien et qui désignent un certain type de transport artisanal, portent aussi une composante descriptive qui n’est pas nécessairement explicite, notamment pour les personnes n’habitant pas dans la ville en question. En effet, les termes « cachent » des significations ou des descriptions plus ou moins originales d’un type de service. La liste non exhaustive ci-dessous cherche à servir comme base d’une recherche plus importante pour recenser le plus grand nombre des termes actuels. Des évolutions, des additions et des corrections sont à prévoir. Ce document s’intéresse particulièrement aux termes utilisés pour désigner les minibus (ou autres véhicules similaires) et les taxis collectifs. Les termes employés pour parler des mototaxis ne sont donc pas pris en compte dans ce premier recensement.

PlanNomsTA

Figure 1 : Termes désignant le transport artisanal en Afrique (liste non exhaustive)

Comprendre les termes

Ndiaga Ndiaye[i] de Dakar

Les Ndiaga Ndiaye étaient autrefois presque omniprésents dans le territoire sénégalais. Initialement conçues pour le transport de marchandises, les carrosseries de ces anciennes Mercedes-Benz 508d ont été adaptées pour pouvoir transporter des personnes sur des trajets initialement interurbains et, plus tard, sur des trajets intra-urbains. Le terme vient de M. Nidaga Ndiaye, responsable de la popularisation de ce mode de transport et qui, à un moment donné, aurait eu un parc qui dépassait les 350 véhicules (une situation peu courante dans le domaine du transport artisanal caractérisé par l’atomisation de la propriété). Actuellement, le parc connaît une diminution évidente, mais les Ndiaga Ndiaye restent un mode important dans la mobilité de Dakar.

Clando de Dakar

Un mode de transport notamment utilisé dans les quartiers périphériques de la ville, les clandos subissent actuellement un procès de renouvellement du parc qui s’étale dans le temps. Ce mode composé de plusieurs types de véhicules de capacité entre 5 et 7 passagers (y compris le conducteur) est souvent synonyme de désordre. Il reste, aussi, le mode de transport le plus proche de l’illégalité à Dakar. Cette situation explique son nom qui résulte d’une contraction du terme ‘clandestin’ qui décrit une personne ou un objet qui ne respecte pas les règles les plus basiques ; s’il s’agit d’une action, le terme clandestin désigne une action qui se fait en secret.

Sotrama[ii] de Bamako

SOTRAMA est l’acronyme d’une compagnie institutionnelle qui n’existe plus. La Société du Transport du Mali – SOTRAMA – a disparu en 1976 et elle a laissé la place à une myriade d’exploitants privés qui se sont depuis développés et qui occupent aujourd’hui une place centrale dans le système de mobilité de la ville. Dans une histoire remplie d’ironie, les services de minibus artisanaux qui ont forcé la disparition de la compagnie de bus sont actuellement connus sous le nom de cette compagnie. Les sotrama de Bamako sont aujourd’hui des véhicules âgés du transport artisanal qui proposent des services de moindre qualité et qui présentent une atomisation importante où la moyenne se rapproche de 1 véhicule par propriétaire.

Bâché[iii] de Bamako

Les bâchés de Bamako, des camionnettes adaptées localement pour le transport de passagers, sont aujourd’hui un mode qui perd au fur et à mesure sa place dans le système. Ils souffrent d’une perte progressive dans les pourcentages des parts modales. Le terme utilisé pour se référer à ces services vient de la bâche qui protège les passagers qui sont assis à l’arrière du véhicule. Le véhicule est donc ‘bâché’ par cet élément qui les distingue d’autres camionnettes (ou pick-ups).

Gbaka[iv] d’Abidjan

Gbaka, en dehors du domaine des transports, est un type de panier où il est possible de mettre plusieurs objets sans un ordre précis. Quand il s’agit du système de transport public de la ville d’Abidjan, le terme désigne les minibus qui parcourent la ville. Un gbaka serait donc un véhicule qui se remplit à l’excès et qui exprime principalement un désordre interne. Hypothétiquement, celui-ci ne serait pas seulement interne, mais concernerait aussi les habitudes des conducteurs qui produisent un désordre généralisé dans le système de transport public urbain.

Woro-woro[v] d’Abidjan

Le terme pour désigner les taxis collectifs d’Abidjan fait allusion à une caractéristique du véhicule et de la mauvaise qualité du service. Le terme malinké woro veut dire ‘six’, la répétition du terme veut donc dire ‘six et six’. Ordinairement perçu comme un mode transportant cinq personnes (y compris le conducteur), les véhicules sont couramment surchargés pour atteindre une capacité de six personnes.

Molue[vi] de Lagos

Les midibus jaunes caractéristiques de Lagos, fabriqués localement pour une capacité moyenne de 44 passagers marquent l’image de la ville. Le terme molue serait une déformation du terme anglophone ‘maul’ qui veut dire ‘malmener’. En dehors du domaine des transports urbains, molue est considéré comme un terme du ‘pidgin english’ nigérian. La connotation négative du terme ‘malmener’ aurait ses origines dans la mauvaise qualité de service que subissent les passagers.

Danfo[vii] de Lagos

Typiquement des minibus de marque Volkswagen qui prolifèrent dans les rues de Lagos, les danfos représentent, tout comme les molues, un système artisanal complexe qui s’est développé progressivement dans la ville. Plusieurs modes artisanaux interagissent entre eux et créent un environnement dense et qui exprime plusieurs externalités dans le transport public. Le terme vient de la langue du groupe ethnique des Yorubas ; pour qui danfo veut dire ‘se dépêcher’. Les anglophones traduisent ce terme par le terme ‘hurry’, ce qui serait une traduction beaucoup plus proche de sens réel du terme yoruba.

100-100[viii] de Brazzaville

Une hypothèse suggère que le terme pour désigner les taxis collectifs de Brazzaville, les 100-100, serait une conséquence d’une politique tarifaire des années 1980. Pendant cette période, les autorités ont décidé de fixer le tarif pour les services de bus institutionnels à 100 Francs. Les taxis collectifs, s’alignant sur ce tarif, auraient par la suite adapté ce nom en annonçant le nouveau tarif de manière répétitive. Même si le tarif a depuis changé, le terme est resté associé au mode.

Hiace de Brazzaville

La marque Toyota a produit un minibus particulièrement présent dans les rues de Brazzaville. La HiAce se serait érigée en véhicule le plus courant pour les services de transport public par minibus, d’où son appellation : les hiaces.

Candongueiro[ix] de Luanda

Les taxis collectifs de Luanda doivent leur nom à la ‘candonga’ ; les candongueiros seraient donc ‘ceux de la candonga’. En Angola, ce terme désigne le marché informel ou, de manière plus globale, tout ce qui est informel. Ainsi, dans le terme pour désigner les taxis collectifs, leur composante d’informalité serait le trait définitoire et, même si péjoratif, il serait accepté par les exploitants de ce mode de transport public.

Amaphela[x] de Cape Town

Un des termes les plus péjoratifs pour décrire un mode de transport, le terme amaphela veut dire cafard en langue xhosa. Ces taxis collectifs illégaux, marginalisés et restreint aux townships de la ville du Cap, proposent des services de très mauvaise qualité et ne sont pas souvent inclus dans les analyses de la mobilité de la ville. Ainsi, le terme renvoie à une idée de saleté et de chaos – car les exploitants sont obligés de se cacher des autorités et notamment de la police – pour caractériser ce mode.

Taxibé de Antananarivo

En malgache, les adjectifs sont ajoutés à la fin des mots. Le terme ‘bé’ désigne un objet comparativement plus grand qu’un autre. En conséquence, un taxibé, même si techniquement un midibus ou un minibus par sa capacité théorique et sa carrosserie, est un taxi (collectif) avec une capacité plus élevée qu’un taxi classique.

Dala-dala[xi] de Dar es Salaam

Les minibus caractéristiques et omniprésents de la ville de Dar es Salaam doivent leur nom à une répétition du mot ‘dollar’. Ainsi le terme dala-dalas serait une adaptation locale du terme anglophone qui annonçait un prix minimal pour un trajet.

Matatu[xii] de Nairobi

Le terme matatu est une contraction du terme local ‘mang otore matatu’. Ce dernier est la façon de dire trente centimes, le prix original d’un trajet pendant les années 1960. Les midibus de Nairobi auraient par la suite adopté le terme qui est actuellement connu dans le monde entier et qui fait référence à une des modes de transport artisanal les plus connus et étudiés de l’Afrique.

Car Rapide de Dakar

(Apport de: Ibou Diouf)

Le terme viendrait d’un opposition entre ce mode et le mode qu’il remplaçait progressivement, les ‘ndondi‘. En effet, lors de leur mise en service, les cars rapides étaient comparativement plus rapides et moins dangereux que les ‘ndondis‘, connus par leur lenteur extrême.

Opep de Yaoundé

(Apport de: Louis Herbert Batono Mboene et Abdel Mounde)

Initialement issu d’une moquerie par rapport à l’acronyme de l’Organisation des Pays Producteurs de Pétrole, les ‘opep’ désignent des véhicules producteurs de poussière. Etant à la base des véhicules qui reliaient les villes, ce mode serait caractéristique des routes poussiéreuses (ou de sable) du pays. Le terme a ensuite été adopté comme un terme de la langue locale, l’éwondo, pour désigner les taxis brousses qui sont devenus des modes urbains.

Donka-Cameron[xiii] de Conakry

(Apport de: Ibou Diouf)

Il s’agit de véhicules vétustes qui sont à l’origine de beaucoup d’accidents et dont le nom désigne le parcours entre Donka et Cameron, deux repères importants de la ville: un hôpital et un cimetière.

Classer les termes

La désignation des modes de transport artisanal  est particulièrement inventive et originale dans les villes d’Afrique Subsaharienne. Issues de langues locales, du français ou de l’anglais, ces noms passés dans le langage courant ont une origine très instructive qui permet de mieux comprendre le regard des clients ou les caractéristiques valorisées par les exploitants. Dans certaines villes, ils évoquent certaines caractéristiques telles que la mauvaise qualité du service ou son côté chaotique. Nul doute alors que la mauvaise qualité du service est reconnue par les utilisateurs et que les exploitants sont bels et bien conscients de la mauvaise image qu’ils véhiculent. Dans d’autres villes, les noms font références au prix du transport artisanal. Argument marketing asséné par les receveurs et les rabatteurs, le tarif s’est substitué au nom du service. Petit tour d’Afrique du transport artisanal à travers leurs noms.

Tableau 1: Classement initial des termes désignant des véhicules du transport artisanal

Note 1 : Le terme pour désigner les ‘dala-dalas’ de Dar es Salaam peut être classé comme un terme exprimant une quantité d’argent ou comme un terme adapté d’un terme anglophone.
Description Ville, type de véhicule et terme pour le décrire
TAMarque Marque du véhicule la plus courante ou modèle du véhicule le plus courant M-01 Hiace
Brazzaville, Congo I Minibus
TATerme Terme étranger (souvent anglophone ou francophone) adapté au contexte local T-01  Molue
Lagos, Nigeria I Midibus
T-02 (note 1) Dala dala
Dar es Salaam, Tanzanie I Minibus
T-03Opep
Yaoundé, Cameroun I Taxi collectif
TATarif Quantité d’argent ou prix d’un trajet typique (ou autre type de montant) F-01 100-100
Brazzaville, Congo I Taxi collectif
F-02 (note 1) Dala dala
Dar es Salaam, Tanzanie I Minibus
F-03 Matatu
Nairobi, Kenya I Midibus
TACompagnie Nom d’une ancienne compagnie institutionnelle disparue ou nom d’une compagnie actuelle B-01 Sotrama
Bamako, Mali I Minibus
TACaracteristique Caractéristique principale du véhicule ou élément qui donne un caractère particulier au véhicule C-01 Woro-woro
Abidjan, Côte d’Ivoire I Taxi collectif
C-02 Bâché
Bamako, Mali I Camionnette (pick-up)
C-03 Taxibé
Antananarivo, Madagascar I Midibus et Minibus
C-04Car Rapide
Dakar, Sénégal I Midibus et Minibus
TAPersonnes Nom propre d’une personne ou nom d’un groupe de personnes en lien avec le secteur N-01 Ndiaga Ndiaye
Dakar, Sénégal I Midibus
TAAction Terme utilisé pour décrire une action réalisé souvent dans le cadre de l’exploitation A-01 Danfo
Lagos, Nigeria I Minibus
TADesordre Terme renvoyant à une idée de désordre ou terme décrivant une situation d’informalité acceptée D-01 Clando
Dakar, Sénégal I Taxi collectif
D-02 Candongueiro
Luanda, Angola I Taxi collectif
D-03 Gbaka
Abidjan, Côte d’Ivoire I Minibus
TAAction Terme évoquant la dangerosité ou la tendance à avoir des accidents dans ce type de véhicule X-01 Donka-Cameron
Conakry, Guinée I Minibus

 

Compléter la liste

La liste ci-dessus n’est pas exhaustive ; elle présente certains exemples dans un univers beaucoup plus riche. Il s’agit, comme décrit précédemment, d’une première base sur laquelle construire une image bien plus complète. La CODATU vous invite donc à envoyer des courts textes expliquant les termes utilisés dans d’autres villes pour désigner les minibus et les taxis collectifs qui composent un secteur du transport artisanal assez hétérogène.

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Notes

[i] http://www.leral.net/Qui-est-exactement-Ndiaga-Ndiaye-le-createur-des-transports-en-commun-au-Senegal-leral_a160353.html, visité en décembre 2016.

[ii] https://bridgesfrombamako.com/2012/02/24/riding-the-sotrama/, visité en décembre 2016.

[iii] https://bridgesfrombamako.com/2012/02/24/riding-the-sotrama/, visité en décembre 2016.

[iv] Université de Saint-Louis, 2006 : Langues et littératures : Revue du groupe d’études linguistiques et littéraires

[v] Eloundou Eloundo, Frey & Ngamountsika, 2015 : La langue française dans l’espace francophone – Pratiques, représentations, dynamique et didactique au XXIe siècle

[vi] http://www.artandeducation.net/paper/danfo-molue-and-the-afropolitan-experience-in-emeka-ogbohs-soundscapes/, visité en octobre 2016.

[vii] http://www.artandeducation.net/paper/danfo-molue-and-the-afropolitan-experience-in-emeka-ogbohs-soundscapes/, visité en octobre 2016.

[viii] http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_7/carton01/25700.pdf, visité en octobre 2016.

[ix] http://www.vivreenangola.com/angola/societe/langues/?output=pdf, visité en octobre 2016.

[x] http://taximap.co.za/routes/45, visité en décembre 2016.

[xi] Kumar & Barrett, 2008 : Stuck in Traffic

[xii] Kumar & Barrett, 2008 : Stuck in Traffic

[xiii] Nzessé, 2015 : Le Français en Afrique – Inventaire des particularités lexicales du Français au Cameroun