Entretien avec Mamoudou Mouctar, Président de la Délégation Spéciale de la Ville de Niamey

Entretien avec Mamoudou Mouctar, Président de la Délégation Spéciale de la Ville de Niamey
Héloïse CHAUMIER
CODATU
Chargée de projet & communication / Communication & project manager
Actualité CODATU Lundi 3 Décembre 2018

Cet entretien s’inscrit dans le cadre de l’initiation d’un partenariat entre Niamey, la capitale du Niger, et CODATU, visant à élaborer une première stratégie de la Ville de Niamey en matière de mobilité urbaine.

Urbaniste de formation, Mamoudou Mouctar est le Président de la Délégation Spéciale (PDS) de la Ville de Niamey. La Délégation Spéciale étant une organisation municipale spécifique, il exerce donc les fonctions de Maire. Il est également Commissaire au Programme présidentiel de modernisation de la ville : « Niamey nyala » (« Niamey la coquette »).

CODATU : Quelle est votre vision du développement de la mobilité urbaine souhaitée pour Niamey et quels sont les projets en cours ou que vous souhaitez mettre en œuvre ?

Mamoudou Mouctar : La Ville de Niamey connait une croissance forte, autant sur le plan spatial que démographique. Cela engendre des problématiques non seulement sur la mobilité mais pour l’ensemble des services à la population. Travailler sur la mobilité est un enjeu majeur pour Niamey, car elle permet notamment l’accès aux services et à l’emploi, et d’autre part cela a été un domaine délaissé pendant longtemps à Niamey ce qui explique l’absence d’étude récente et de données fiables sur ce sujet. Les constats sont cependant les suivants :

  • La part modale de la marche à pied est très importante mais il s’agit plutôt d’un mode de déplacement subi et non choisi, du fait d’un manque d’offre de transport ;
  • Ce secteur, peu organisé par la commune, est principalement occupé par le transport artisanal, notamment les « Faba-Faba », minibus desservant les quartiers périphériques de la Ville. Ceux-ci répondent à une demande de déplacements importante mais la qualité de service reste faible et l’insécurité routière importante.

Notre vision serait d’établir, dans un premier temps, un état des lieux partagé par tous les acteurs du secteur des déplacements urbains, qu’ils soient institutionnels ou artisanaux. Celui-ci permettrait de définir des orientations stratégiques puis une feuille de route. Le processus commencera vraisemblablement par la maitrise, l’optimisation et la réorganisation de l’existant. Dans un second temps, nous souhaiterions pouvoir mettre en œuvre des politiques, techniques ou solutions alternatives et complémentaires qui seront faites dans la feuille de route.

 

CODATU : Vous avez pour projet d’organiser le 1er Forum de la Mobilité Urbaine de Niamey, afin d’initier dans la Capitale une dynamique d’amélioration durable de la mobilité urbaine. Quelles seraient vos principales attentes vis-à-vis de ce forum ?

Mamoudou Mouctar : Le Forum de la Mobilité Urbaine permettra aux acteurs du secteur et à des experts de ce domaine de se rassembler et de débattre sur la mobilité urbaine à Niamey. Il s’agit de la première étape du processus décrit ci-dessus : (i) Partager un état des lieux, (ii) Etablir un plan d’actions, puis (iii) passer à la mise en œuvre en optimisant l’existant et en ne brulant pas les étapes. Nous avons besoin de créer un cadre propice à la concertation de tous les acteurs et de leur permettre de connaitre ce qui se passe ailleurs – les bonnes pratiques comme les échecs – afin de faire des choix éclairés. Le partenariat avec CODATU permettrait de capitaliser sur les expériences extérieures et de les diffuser à l’ensemble des acteurs du secteur.

 

CODATU : Qu’attendez-vous de l’Etat pour vous épauler dans cette démarche ?

Mamoudou Mouctar : L’engagement de l’Etat est déjà fort dans ce domaine, notamment avec le Programme présidentiel de modernisation de la Ville : « Niamey la coquette ».  C’est une réelle une opportunité pour agir sur la mobilité urbaine car ce programme comprend la rénovation de voiries existantes et le bitumage de nouvelles voiries. Le boulevard de contournement de Niamey est emblématique de ce programme avec la construction d’échangeurs qui permettent de fluidifier la circulation. Ces infrastructures sont un atout et un prérequis pour améliorer la circulation et notamment celle des transports collectifs.

 

CODATU : Vous venez de signer l’Appel mondial de CODATU à une alliance des villes pour une mobilité urbaine soutenable, quels sont vos principales motivations pour développer une coopération décentralisée dans le domaine de la mobilité urbaine ?

Mamoudou Mouctar : Nous souhaitons nous inspirer des expériences d’ici et d’ailleurs. Niamey doit dès maintenant s’inscrire dans une démarche durable, que ce soit dans le domaine de la mobilité urbaine ou dans d’autres secteurs. Les expériences à l’international concernant la maîtrise de la place de la voiture individuelle, le développement des transports collectifs et l’amélioration des conditions de circulation des modes doux ne manquent pas.

 

CODATU : Auriez-vous un « mot de la fin » ?

Mamoudou Mouctar : Quel que soit le secteur d’intervention, nos villes doivent s’ouvrir à l’international afin de trouver les savoir-faire et les compétences pour réaliser des actions permettant un développement urbain durable. En ce sens, la Ville de Niamey souhaite s’impliquer dans les grands évènements internationaux. Niamey est la vitrine des villes du Niger et se doit d’être un exemple pour ces villes.

Entretien réalisé le 29 novembre 2018 à CODATU

En savoir plus : Retour sur la mission de CODATU à Niamey en novembre 2018