| Codatu
IX en 2000 à Mexico (Mexique)
Thème de la conférence
: transports
urbains et environnement
Près de 300 propositions
de communications ont été soumises à
l'appréciation du Comité Scientifique International
de CODATU IX ; environ 180 ont été acceptées
; environ 140 ont été publiées dans le
recueil des actes de la conférence et environ 100 ont
été présentées dans les sessions
techniques de mercredi, jeudi et vendredi matin.
Ces chiffres démontrent clairement l'intérêt
porté tant par les différentes autorités
responsables des déplacements urbains et périurbains
que par la communauté professionnelle scientifique
et technique internationale en thème principal de la
conférence : les déplacements urbains et l'environnement.
Veuillez
trouver ci-dessous les conclusions scientifiques de la conférence
:
Ce choix du comité d'organisation est apparu évident
; Mexico est l'une des plus grandes métropoles du monde.
Sa zone métropolitaine rassemble, sur 4.945 km²,
les 17 millions d'habitants du District Fédéral
et de l'Etat de Mexico ; elle en assure les 30 millions de
déplacements quotidiens et représente 38 % du
PIB mexicain ; l'altitude moyenne de 2.200 m fait que la concentration
d'oxygène est réduite d'un tiers ; en conséquence,
la circulation de 3,2 millions de véhicules de l'agglomération
produit deux fois plus de monoxyde de carbone qu'au niveau
de la mer ; plus de 80 % de la pollution de Mexico provient
de la circulation automobile.
Quelle zone métropolitaine dans le monde pouvait, en
effet, mieux que celle de Mexico symboliser l'importance de
la prise en compte de l'environnement dans l'établissement
des politiques de déplacements ?
Les préoccupations d'environnement, au sens large,
recoupent d'une certaine façon celles du développement
durable qui ont été au centre de CODATU VIII
qui s'est déroulée en septembre 1998 chez nos
amis sud-africains au Cap. La durabilité du développement,
liée à la mise en uvre d'une politique
globale de déplacements urbains, dépend, pour
une large part, de la continuité dans le temps des
actions menées et de la recherche incessante des inflexions
et améliorations à apporter afin de préserver
les conditions de vie des générations actuelles.
Cet essai de définition du développement durable
présenté en conclusion de la conférence
CODATU VIII reste toujours d'actualité à la
lumière des communications présentées
et des débats de CODATU IX.
Les auteurs des communications proviennent de près
de 40 pays, tandis que les participants à la conférence
viennent de plus de 40 pays. Communications et débats
ont été riches d'enseignements et nous allons
nous efforcer d'en faire une synthèse.
Ces conclusions sont le fruit d'un travail d'équipe
du Comité Scientifique International ; nous voudrions,
Oscar et moi, en remercier tous ses membres. Nous voudrions
également remercier CODATU et nos amis mexicains d'avoir
très largement facilité notre mission.
Le point de départ de ces conclusions
apparaît clairement :
D'une part, la population des zones urbaines des pays en développement
ou en transition continue à croître ; le nombre
de déplacements automobiles s'élève souvent
fortement ; les conséquences en terme de pollution,
de bruit, de nuisances diverses, de congestion ne s'atténuent
pas, de même que les difficultés de fonctionnement
des villes ; le constat de crise fait à CODATU VIII
n'a pas lieu, aujourd'hui, d'être revu, 18 mois après
; presque les mêmes points abordés alors pourraient
être repris.
D'autre part, il est un autre élément
de synthèse des communications présentées
qui doit être fortement souligné : c'est, bien
sûr, au regard du thème principal de la conférence,
la similitude des problématiques entre les pays en
développement ou en transition et les pays développés.
La problématique du constat est la même partout,
les pistes de solutions recherchées sont de même
nature. Cela a rendu d'autant plus intéressants les
échanges au cours de cette conférence.
Avant d'aborder les pistes de réflexion et d'action
présentées et discutées, je crois utile
de marquer trois points importants :
Tout d'abord, je dois souligner que relativement peu
de communications ont abordé les questions relatives
aux outils mis en place pour la mesure des nuisances, principalement
pollution et bruit. Je ne sais trop s'il s'agit d'omissions
ou d'insuffisances de moyens mis en place pour les mesurer,
ainsi que leur évolution. C'est un élément
qui, de mon point de vue, devrait être éclairci
à l'occasion d'une prochaine conférence afin
qu'un état des lieux plus précis puisse être
fait.
Ensuite, près de 10 % des communications, soit
un chiffre très significatif, a concerné la
présentation de modèles de choix, d'évaluation
des politiques menées ou d'éclairage des décisions
à prendre. Elles concernent principalement les relations
entre les systèmes de transport et d'urbanisme, la
gestion des parkings d'échange, les aspects liés
aux transports collectifs. Ceci est, à mes yeux, un
point très important.
Enfin, une communication très significative
s'intitulait : "le défi de la pollution des transports
: les technologies suffiront-elles ?" dont je retrace
ici la conclusion. Je cite : "A moins que les techniciens
ne soient capables de produire des véhicules qui pomperont
pollution et gaz à effet de serre, la résolution
du problème important de pollution et de santé
lié à l'activité transport passera par
une maîtrise des déplacements des biens et des
personnes. Le challenge est d'importance et rappelle celui
du découplage de l'augmentation de l'activité
et de celle de la consommation énergétique qui
a été vécu dans certains pays au milieu
des années 1970." Néanmoins, les progrès
à attendre en terme de nouvelles technologies et surtout
de mise en uvre sur le terrain de ces technologies doivent
être utilisés au mieux. Leur effet sera, bien
sûr, variable selon les pays et dans le temps.
Comment relever ce challenge ? J'en viens donc maintenant
aux pistes d'action et de réflexion présentées
et discutées.
Elles relèvent, à mes yeux, après avoir
lu l'ensemble des communications, de quatre mots-clés
: un premier groupe : planification, institutionnel ; un deuxième
groupe : multimodalité et intermodalité.
| Premier
groupe :
planification, institutionnel
Les politiques de développement et de déplacements
urbains sont deux des volets importants d'une politique
de la ville maîtrisée. La nécessité
d'une coordination entre ces deux aspects a été
à nouveau soulignée avec force par de
nombreuses communications. Elle rejoint par certains
côtés les questions institutionnelles.
Elle implique la mise en place de plans de développement
intégrés ou de schémas directeurs
d'aménagement.
Plusieurs communications ont marqué l'intérêt
que pouvait présenter une politique intégrée
de corridors urbains.
Tant pour les questions de développement que
de déplacements urbains, la manière
dont sont abordées les questions : qui décide
quoi ? dans quel domaine d'action ? qui paie quoi
? est essentielle. Ces questions recouvrent le domaine
institutionnel. Elles sont complexes et relèvent
des autorités publiques ; elles concernent
à la fois la maîtrise de l'usage de la
voiture particulière, les questions de développement
urbain, l'organisation des transports publics ; elles
concernent également la nature des actions
à décider selon l'horizon projeté
: court, moyen, long terme. Il n'existe pas, bien
sûr, de solution unique, mais les problèmes
sont posés un peu partout. Il me semble se
dégager des communications les éléments
principaux suivants : ces questions institutionnelles
doivent être abordées de manière
pragmatique en tenant compte du contexte préexistant
et de l'importance de faire évoluer les situations
par étapes, progressivement, afin, si possible,
d'éviter les échecs toujours nuisibles.
Je n'ai pas prononcé, dans les commentaires
précédents sur la planification et l'institutionnel,
le mot environnement. C'est volontairement que je
l'ai fait, car je retire des communications une impression
forte que, globalement, la manière dont sont
abordés et traités ces deux thèmes
conditionne, pour une large part, les résultats
des actions menées au titre de la multimodalité
et de l'intermodalité qui influent plus directement
et de manière plus visible sur les questions
relatives aux déplacements urbains et à
l'environnement.
Après ce premier groupe, le deuxième
groupe : multimodalité et intermodalité.
Je reprends ici les définitions de ces deux
termes qui avaient été données
dans une communication à CODATU VIII :
- La multimodalité relève des équilibres
entre les différents modes de transport : voiture
particulière, transports collectifs et circulations
douces.
- L'intermodalité relève de la coordination,
de la mise en synergie des différents modes
de transports (bus, métro, fer, voitures particulières,
circulations douces) afin que les déplacements
des voyageurs (qui comportent l'utilisation de plusieurs
modes) s'effectuent de la manière la plus aisée.
|
 |
Deuxième
groupe :
multimodalité et intermodalité
Les communications sur ces thèmes sont nombreuses
et variées ; elles traitent aussi bien de la
maîtrise de l'usage de la voiture particulière
que des transports publics et des circulations douces.
Les points essentiels
qui se dégagent relèvent :
- d'une manière générale, de
la nécessité de plans globaux d'actions
concernant tous les modes, qu'ils soient à
court, moyen ou long terme, et de l'importance, du
point de vue méthode d'approche du problème,
de se fixer des objectifs de limitation ou de réduction
de la circulation automobile ;
- en ce qui concerne la maîtrise de l'usage
de la voiture particulière, des questions de
stationnement, de partage de l'espace public, de bon
fonctionnement des taxis, de recherche des moyens
propres à augmenter le taux d'occupation des
voitures particulières, de l'utilisation des
transports intelligents (ITS), de tarification ;
- en ce qui concerne les transports publics, de la
nécessité impérieuse d'en améliorer
le fonctionnement et l'efficacité afin qu'ils
puissent constituer partout où cela est possible
une alternative crédible à l'usage de
la voiture particulière.
Doivent être
soulignés les points suivants :
l'importance croissante des réseaux bus pour
le bon fonctionnement des transports collectifs ;
- l'importance de leur optimisation pour en faciliter
le financement ;
- l'importance de l'exemplarité des conditions
de fonctionnement des bus au regard des émissions
polluantes ;
- l'importance croissante pour les transports collectifs
des approches clients ;
- l'importance, au titre de l'intermodalité,
des questions de tarification des transports publics,
d'information des voyageurs et de traitement des noeuds
d'échanges entre modes ;
- enfin, s'agissant toujours des transports collectifs,
plusieurs communications ont abordé la question
des minibus par rapport aux bus sans qu'une solution
évidente apparaisse clairement,
- en ce qui concerne les circulations douces (piétons,
2 roues), du nécessaire rappel de l'importance
qui s'attache à les intégrer aux plans
globaux, leur utilité, parfois évidente
mais aussi parfois oubliée, doit être
renforcée.
|
Conclusion
La conférence a donné
l'opportunité à 500 délégués
de plus de 40 pays de débattre du thème de la
conférence : les déplacements urbains et l'environnement.
A travers ces débats, en tables rondes et en sessions
techniques, il apparaît clairement, au regard des thèmes
de la conférence, que les problématiques sont
analogues dans toutes les villes du monde. Ceci rend indispensable
la coopération et les échanges internationaux.
La circulation automobile excessive, particulièrement
dans le centre des agglomérations, est un facteur de
détérioration de la qualité de la vie
urbaine et de l'environnement. Ici ou là, des solutions
existent pour mieux maîtriser cette circulation automobile.
La situation présente ainsi que l'augmentation de la
mobilité urbaine, liée aux mutations de l'environnement
économique et social, rendent indispensable d'améliorer
l'efficacité des transports collectifs urbains et périurbains
afin qu'ils puissent constituer partout où cela est
possible une alternative crédible à l'usage
de la voiture particulière. Une importance particulière
s'attache à intégrer dans les plans d'actions
les circulations douces (piétons, 2 roues). Leur rôle
doit être considéré au même titre
que les autres modes de déplacement.
Dans ce contexte, les questions relatives à la planification
et à l'organisation institutionnelle apparaissent essentielles.
Pour terminer, je voudrais souligner quatre points :
- les questions relatives aux déplacements urbains
et à l'environnement ne trouvent pas de solutions dans
telle ou telle mesure miracle,
- la coupure existe bien souvent entre les objectifs fixés
et la réalité de leur mise en uvre,
- les difficultés, voire les contradictions entre le
développement de la mobilité et les préoccupations
d'environnement, ne doivent pas occulter l'atout que constitue,
pour le développement équilibré des villes,
un système cohérent de déplacements.
Cela concerne en particulier les ménages pauvres qui
sont parfois confinés à l'intérieur de
leur quartier et n'ont pas de véritable accès
à la ville,
- la priorité doit être d'éviter, notamment
pour des raisons financières, l'établissement
d'un cercle vicieux conduisant à la dégradation
des transports publics et du niveau des investissements qui
y sont consacrés, ce qui entraîne inexorablement
des gains de parts de marché pour la voiture particulière.
|