| Codatu
VIII en 1998 à Cape Town (Afrique du sud)
Thème de la conférence
: "La
politique de déplacements urbains, outil du développement
durable"
Les conclusions de la conférence
CODATU VIII par Christian Jamet et Peter Freeman, Co-Présidents
du Comité Scientifique International.
Mesdames et messieurs,
Plus de 250 propositions ont été soumises au
Comité Scientifique de Codatu VIII, dont 180 ont été
acceptées. 157 communications ont été
acceptées pour publication dans les actes, et environ
130 ont été présentées dans les
sessions techniques durant trois jours.
Tout ceci montre clairement le grand intérêt
des diverses autorités pour le transport urbain et
régional, ainsi que celui de la communauté des
experts pour le thème de la conférence : "
la politique de transport urbain, outil du développement
durable ".
Le Comité d'organisation a choisi ce texte dans le
prolongement de la Conférence Habitat II des Nations
Unies.
Les auteurs des communications viennent de plus de 40 pays
différents, et les participants à la conférence
de plus de 50 pays. Les présentations et discussions
ont été excellentes et l'on présente
ci-dessous les principales idées débattues.
Ces conclusions sont le résultat d'un travail considérable
du Comité Scientifique International, et les deux co-Présidents
souhaitent remercier sincèrement tous les membres pour
leurs efforts avant et pendant la conférence.
Le point de départ de ces conclusions
est clair : le transport urbain est en crise dans de
nombreux pays en développement ! A partir des réactions
aux papiers de la conférence, on peut faire les conclusions
suivantes concernant le contexte général, le
niveau de service, le besoin de mobilité, et les
effets environnementaux de diverses politiques :
- Face à une croissance continue de la population urbaine,
il y a souvent un manque de coordination et d'intégration
entre la planification urbaine et du transport ;
- Une défaillance de l'organisation institutionnelle
pour clarifier " qui est responsable de la politique,
de la planification et de la mise en oeuvre, et qui finance
quoi ? " ;
- Une crise financière affectant la réalisation
d'infrastructures et l'exploitation des services ;
- Les difficultés rencontrées par le transport
public urbain et la fragilité financière des
exploitants publics ou privés ;
- Une proportion significative du revenu par tête est
consacrée au transport, spécialement dans les
groupes de faible revenu ;
- un besoin d'accès et de mobilité est exprimé
vivement par les résidents urbains, sans être
toujours satisfait ;
- un nombre croissant de véhicules motorisés,
se traduisant par un renforcement de la congestion et une
détérioration des réseaux de voirie ;
- la détérioration de la sécurité
routière, avec des coûts s'exprimant à
travers des pertes élevées en vies humaines
et blessés, et des dépenses médicales
;
- une pollution croissante provoquée par l'augmentation
des véhicules motorisés et de leur usage, et
un manque de mesures de gestion de trafic qui anticipent pour
minimiser cet usage ;
- un manque de coordination entre les divers modes de transport,
et de séparation des transports motorisés et
non motorisés dans la voirie.
Tous ces problèmes proviennent du manque de priorité
donnée au transport urbain mais ils doivent être
considérés en référence aux solutions
variées suggérées, qu'elles soient globales
ou nationales.
Pour en venir au thème principal
de la conférence :
- dans quelle mesure une politique de transport urbain peut-elle
être un outil de développement durable ?
- on va décrire quelques grandes questions posées
par la plupart des papiers présentés.
Le rôle principal d'un système de transport est
de satisfaire les besoins de la population d'accès
et de mobilité. Ainsi la dispersion progressive des
lieux d'emploi et d'habitat en dehors des centres urbains
ou péri-urbains a compliqué et accru la demande
de transport dans les zones urbaines.Comme la mobilité
est aussi un facteur de développement durable, une
politique de transport globale et cohérente est un
outil nécessaire pour le développement, la compétitivité
économique, et la cohésion sociale.
Est-ce qu'une telle politique peut être un outil de
développement durable ? Pour répondre à
cette question il est important de mettre l'accent sur les
principaux facteurs de durabilité par rapport à
la préservation de conditions de vie adéquates
pour les générations futures.
Cela inclut :
- le besoin d'un système de financement fiable pour
assurer le réseau de transport, son entretien et son
expansion ;
- la réalisation de solutions de long terme dans les
différents domaines d'activité ;
- la préservation de l'environnement des ressources
non renouvelables ;
- la nécessité pour le système de transport
d'être accessibles à toute la population, ce
qui contribue à réduire les inégalités
sociales et économiques existantes :
- le consensus social sur les politiques réalisées,
qui doit être réellement partagé par les
différents groupes sociaux.
La définition et la réalisation d'une politique
de transport urbain fondée sur ces facteurs est évidemment
un projet très ambitieux. Cette approche doit en outre
aussi tenir compte de :
- durabilité : une approche par étapes est recommandée
pour s'assurer qu'il y a bien une capacité adéquate
pour entreprendre les projets ambitieux de long terme pour
satisfaire la demande croissante de déplacements.
- Le programme doit être réalisé avec
l'implication de toutes les parties concernées.
La durabilité du développement lié à
la réalisation d'une politique globale de transport
dépend dans une large mesure de la continuité
des actions entreprises et de la recherche permanente d'ajustements
et d'améliorations nécessaires pour préserver
non seulement des conditions de vie adéquates pour
les générations futures, mais aussi pour améliorer
celles des générations présentes.
Cette définition du développement durable relié
au transport urbain n'a pas été modifiée
par les débats de la Table Ronde et des sessions techniques.
Ainsi nous pouvons considérer qu'il y a une approbation
tacite de la Conférence sur ce point.
Bien que notre premier diagnostic puisse sembler pessimiste,
les papiers publiés et présentés durant
la conférence témoignent d'une réelle
volonté de réaliser une politique globale et
cohérente de transport urbain.
Votre attention doit être portée sur les facteurs
suivants en particulier :
- une forte tendance à la décentralisation
a été observée sur le plan international
ce qui doit être géré avec précaution
selon les circonstances locales ;
- l'importance d'adapter des plans d'action différents
pour prendre en compte les particularités locales doit
être bien intégrée ;
- Il est nécessaire d'avoir une politique " de
démonstration " dans les villes de taille réduite
avant que la congestion ne se développe de façon
non maîtrisable et que la pollution devienne une menace
pour la société.
D'autres points sont apparus, incluant :
- l'acceptation du rôle de régulateur
du gouvernement lorsque c'est possible,
- un fort besoin d'organisation institutionnelle,
- l'intérêt de définir des objectifs à
long terme et d'entreprendre des plans d'action par étape
à court et moyen terme,
- la recherche de solutions techniques locales innovantes
par opposition aux solutions copiées du monde développé,
- la recherche de solutions techniques à un coût
raisonnable,
- l'affirmation que les modes non motorisés ne doivent
pas être négligés dans la planification
du transport actuel et futur,
- le besoin d'action pour améliorer la sécurité
routière,
- l'importance croissante du concept d'intermodalité,
se traduisant par une amélioration de l'efficacité
des réseaux existants,
- la nécessité de donner la priorité
au transport public sur l'usage de la voiture particulière,
et le besoin d'une meilleure coordination entre les modes
de transport. A cet égard il y a des moyens pour atteindre
un tel objectif, par exemple une attribution adéquate
de l'espace public, de bonnes politiques de stationnement et
une offre de bonne qualité de transport public ; dans
de nombreux pays il y a un manque de coordination entre la
planification urbaine et le transport urbain.
Au delà de tous ces points se trouve le fait que tous
les efforts faits pour améliorer le transport urbain
doivent impliquer la participation et la consultation du public.
Les participants à la Table Ronde étaient clairs
sur ce point.
La liste des points forts, tirée des papiers présentés,
serait incomplète si l'on ne mentionnait le cas de
l'Afrique du sud. Ce pays entreprend un processus de réformes
à une grande échelle. Le projet de stratégie
" Moving South Africa " suggère que des choix
difficiles doivent être faits entre projets concurrents.
La mise en uvre d'une politique de transport urbain
doit être engagée dans un tel cadre, en prenant
en compte spécialement le besoin de développement
des transports collectifs pour la population active. "
Moving South Africa "est un bon exemple de définition
d'une stratégie à long terme qui doit maintenant
être appliquée.
La plupart des papiers présentés révèlent
un besoin logique de travailler avec méthode. Le mot-clef
de cette conférence est vraiment "méthodes"
:
- méthodes pour définir les différents
aspects de la politique de transport, en utilisant enquêtes,
études et recherches ;
- méthodes pour formuler clairement les problèmes
à résoudre,
- méthodes pour rechercher une approche globale et
intégrée,
- méthodes à utiliser même quand les actions
à réaliser paraissent relativement simples ;
les équipes en charge d'enquêtes transport et
d'usage du sol et développement urbain doivent travailler
ensemble,
- méthodes supposant de l'expérimentation avec
de nouveaux indicateurs pour évaluer et suivre les
politiques en cours,
- méthodes pour trouver des mécanismes de coordination
pour différents groupes d'intérêt concernés
par le transport urbain.
Bref, le mot-clef "méthodes "exprime un besoin
pressant ressenti par les participants pour une expertise
forte. Cette expertise fournirait une base solide pour la
réalisation de plans d'actions, quel que soit le domaine,
par tous les acteurs concernés.
A la fois la Table Ronde et certaines sessions techniques
ont insisté sur l'importance de montages institutionnels
solides. De plus il apparaît un besoin de coopération
internationale renforcée et c'est là le rôle
que peut jouer CODATU.
Les aspects financiers ont certainement été
l'une des préoccupations majeures des auteurs , mais
cela semble avoir été traité avec réticence.
Pour traiter cet aspects financier, l'une des premières
tâches est de convaincre les responsables politiques
au niveau local, national et international, que l'organisation
du transport urbain est une priorité. Si les gens ne
sont pas vraiment conscients qu'un système de transport
efficace est nécessaire pour le développement
durable de l'économie et de la cohésion sociale
de la ville, le soutien politique nécessaire ne viendra
pas. Les décideurs doivent donc être convaincus
qu'il y a besoin de concevoir des objectifs et des plans de
bonne qualité, insistant sur l'importance pour la ville
d'un système de transport efficace et efficient. Nous
avons tous notre part à prendre pour la promotion de
ce message.
Pour conclure ce résumé
nous avons voulu insister sur deux points :
- D'abord, cette conférence a donné la possibilité
à plus de 500 délégués venant
de plus de 40 pays de débattre du thème "
Politique de transport urbain, un outil pour le développement
durable ". A travers tous les débats, soit dans
la Table ronde soit dans les sessions couvrant le transport
urbain et suburbain. Ceci renforce deux besoins où
CODATU peut jouer un rôle significatif : le besoin de
coopération internationale par la formation et le renforcement
institutionnel et le besoin d'encourager les études
et recherches dans les différents domaines du transport
urbain.
- Le second point concerne les aspects financiers. C'est une
question critique et nous pensons que le principal objectif
doit être de convaincre les décideurs politiques
à tous les niveaux que l'organisation du transport
urbain est une priorité. Cependant c'est très
difficile à faire en raison des besoins concurrents
des autres secteurs, habitat, santé, éducation
et autres services urbains. Donc la solution est d'avoir une
approche globale du développement urbain. Le transport
n'est pas une fin en soi mais les villes ne peuvent fonctionner
sans transport efficace. On a besoin d'une approche globale
de planification urbaine dans laquelle le transport a sa place
entière.
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