Récit d’expérience – Dons et acquisitions de bus, l’expérience de la SOTRAL à Lomé, Togo

Actualité CODATU Jeudi 7 Mars 2019

Lors de sa venue à CODATU en décembre dernier, Michel Tindano a gentiment accepté de partager l’expérience de la SOTRAL (Société des Transports de Lomé, Togo), dont il est le Directeur Général, en matière de dons et d’acquisitions de bus.

Dons et acquisitions de bus : l’expérience de la SOTRAL

Dysfonctionnements, adaptations et réussites

2007 – Un premier don pour commencer une exploitation…

En 2007 la Mairie de Lomé décide de la mise en place de l’exploitation d’une ligne de bus expérimentale dans la perspective de mettre en valeur la demande existante en matière de transports en commun. Ayant peu de moyens, elle bénéficie d’un premier don par le SYTRAL d’environ 17 bus. La SOTRAL (Société des Transports de Lomé) est créée, avec un statut de société privée assurant un service public et un capital en provenance de sociétés parapubliques (port, ville, chambre du commerce, municipalité, PAM qui gèrent les marchés…), le secteur privé ne s’étant pas mobilisé pour investir.

Ce premier don a permis le démarrage d’une activité d’exploitation et la prise de conscience par l’État de la nécessité d’investir dans le transport public.

2012 – 1ère opération d’acquisition de 45 bus

En 2012, sur instruction du chef de l’État, des fonds sont mobilisés par le Ministère des Finances pour l’acquisition par l’État de 45 bus. La SOTRAL étant encore à un statut embryonnaire, la procédure se fait sans concertation ni ouverture de marchés, mais via des intermédiaires basés aux États-Unis pour des commandes directes auprès de constructeurs.

45 bus sont livrés. Les bus sont « propriété de l’État », mis à disposition de la Municipalité pour un usage par la SOTRAL. Cependant, aucun document juridique notarial, aucun certificat administratif ne vient justifier de cette mise à disposition. Le flou autour du statut des bus posera par la suite de nombreux problèmes, notamment en matière de comptabilité.

Cette absence de bon d’achat questionne aussi sur les garanties associées à l’acquisition, comme l’accompagnement de la part du constructeur, la formation des techniciens locaux, la définition du circuit d’approvisionnement en pièces de rechanges… Le service après-vente se faisant toujours via les intermédiaires, en résultent la réception de catalogues en chinois, la livraison de pièces de rechanges inadaptées… Aucun cahier des charges n’ayant non plus été rédigé, les caractéristiques techniques des bus souhaités n’ont jamais été précisées. Les bus livrés se trouvent donc peu adaptés au pays, avec par exemple des fenêtres blindées inappropriées aux grandes chaleurs togolaises.

Face à ces dysfonctionnements, la SOTRAL ne subit pas et met en place une équipe de maintenance (composée de techniciens, mécaniciens, artisans ferrailleurs…) réactive et efficace qui réalise de nombreuses adaptations artisanales (remplacement des baies vitrées, changement des transmissions…) pour intégralement refaçonner les bus afin de répondre aux conditions locales d’exploitation. De nouveaux circuits d’approvisionnement en bonnes pièces de rechange dans les pays voisins (Nigéria, Ghana…) sont aussi développés.

2015 – 2ème opération officielle d’acquisition de bus

En 2015, de nouveau sur instruction du chef de l’État, 20 bus sont achetés suivant le même circuit intermédiaire. Mais cette fois-ci un cahier des charges avec les spécifications des bus souhaités est rédigé. Le coût des bus reste encore élevé, à cause notamment des marges des intermédiaires et les difficultés se répètent : flou de la garantie, circuit d’approvisionnement en pièces de rechange toujours mal défini… Une fois de plus, la SOTRAL est réactive et s’adapte.

Septembre 2015 – 2ème opération de don de bus

En 2015, face aux problèmes rencontrés sur les bus achetés et afin de renforcer son parc, la SOTRAL sollicite le SYTRAL pour un deuxième don de bus. 30 bus de 12 à 14 ans d’âge mais encore costauds sont donnés et un conteneur de pièces de rechange est vendu à prix réduit, le Togo se chargeant du transport. Là encore, le circuit d’approvisionnement en pièces de rechange n’est pas précisé et impose à la SOTRAL de nouvelles adaptations.

Cependant, malgré ces difficultés, ces dons sont reconnus comme utiles et formateurs par l’entreprise car ils aident à mieux comprendre les besoins et enjeux et à mieux y répondre.

2018 – 3ème opération d’acquisition de bus en cours

Aujourd’hui la demande en transport est très forte à Lomé et sur les 88 bus de la SOTRAL, seulement une trentaine roulent normalement, pour un besoin estimé de 150 à 200 bus.

Aussi une troisième opération d’acquisition est en cours. Cette fois-ci, la direction du contrôle des marchés a imposé la tenue d’une consultation. Pour accélérer le processus une consultation restreinte avec liste des constructeurs a été négociée et un cahier des charges a été élaboré. Des missions exploratoires/de visites ont eu lieu (des délégations se sont rendues en Biélorussie, à Cotonou…) pour établir des comparaisons entre constructeurs/carrossiers de différents pays (les prix des bus, leur robustesse mais aussi les questions d’entretien et de maintenance, la possibilité d’avoir un concessionnaire dans la région…). Autrefois sous-traitée, la maintenance se fera désormais en interne et s’appuiera sur 25 techniciens.

En chiffres : la SOTRAL c’est 30/35 bus sur 17 lignes dont 7 lignes étudiantes (abonnement spécifique), avec 475 points d’arrêts (avec signalisation : panneau avec nom de l’arrêt, lignes concernées, parfois fiches horaires…), dont 30 dotés d’abribus.