La politique tarifaire du Grand Caire en discussion – Rencontre avec Sayed Metwalli, PDG de GCTRA

 
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Sara ABD ALLA
CODATU
Cooperation in Egypt and (Sustainable Urban Transport) Community of Practice Project Manager
CODATU News Friday 31 March 2017

Rencontre
avec Sayed Metwalli

Président directeur général de l’Autorité Régulatrice des Transports du Grand Caire

Pouvez-vous nous parler de vous et de l’Autorité Régulatrice des Transports du Grand Caire ?

Je m’appelle Sayed Mohamed Mohamed Metwalli et j’ai travaillé à l’Autorité Générale des Routes, Ponts et Transports Terrestresgctra
depuis 27 ans. Au cours de ces années, j’ai travaillé sur une grande
variété de projets en tant qu’ingénieur de transports, ce qui m’a permis d’acquérir une vaste expérience dans différents domaines tels que l’ingénierie des infrastructures, l’aménagement du paysage et la sécurité routière.

Aujourd’hui, je suis Président Directeur Général de GCTRA, l’Autorité Régulatrice des Transports du Grand Caire, une entité créée par le décret présidentiel n° 349 de 2012 pour compenser la nécessité d’une autorité pour réglementer les transports urbains dans la région du Grand Caire (Le Caire, Gizeh et Qalyubeya).

GCTRA travaille sous la tutelle du Ministère des Transports et a pour but d’organiser, planifier, surveiller et évaluer la performance de toutes les activités liées au secteur des transports dans le Grand Caire conformément aux lois en vigueur et en coordination avec les ministères, les gouvernorats et les organismes concernés.

En fait, GCTRA est toujours confrontée à des difficultés de mise en œuvre, mais cette autorité améliorera l’efficacité des transports publics urbains et augmentera le niveau de performance des services afin de répondre à la demande croissante en tenant compte du service, de la protection de l’environnement et de tous facteurs de sécurité.

Personnellement, je crois en une relation synergique entre la sécurité routière et la planification des transports, notamment en ce qui concerne le transport de marchandises, que nous assurons essentiellement par voie ferrée ou par transport fluvial sur le Nil afin de diminuer le risque d’accidents sur la route.

Quels sont les modes de transport disponibles dans le Grand Caire ?  

Comme toutes les grandes métropoles, la région du Grand Caire peut compter sur un service de métro de qualité, mais les coûts de construction sont très élevés et son développement ralenti à cause d’une crise financière qui perdure depuis plusieurs années. Par ailleurs, le métro doit être mieux intégré aux services de transport routier afin d’accroître le nombre d’usagers et la partition modale. Cela nécessite par exemple une révision de la politique tarifaire en matière d’intégration avec les autres modes de transport en commun. La réforme institutionnelle et l’investissement dans ces modes sont donc tout aussi importants que les investissements pour son extension compte tenu des coûts et de la crise économique actuelle.

Le Tramway d’Héliopolis est une ligne de métro léger, mais dont l’infrastructure vétuste ne permet pas un bon fonctionnement  et qui nécessiterait de plus de manutention et de développement.

Le service d’autobus est aussi sujet à un faible développement dû au manque de financements. Par conséquence on constate : le vieillissement du matériel roulant et une baisse des fréquences des services dû à la mauvaise qualité de service qui favorise l’émergence de modes de transport informels considérés par les usagers plus adaptés et plus flexibles .

Les services de transport informel fournis par des particuliers ne sont pas régulés. Ils représentent près de 83% de tous les déplacements motorisés par année.

La coordination entre les différents modes de transport public et entre les transports publics et les voitures particulières est très faible. La mauvaise programmation des horaires, le manque de coordination dans la planification des lignes et la définition des itinéraires et le manque d’intégration au niveau des tarifs ne facilitent pas les échanges entre le métro, le bus et le microbus.

Quel est la politique tarifaire actuelle dans le Grand Caire ?

Avant la création de GCTRA, le Ministère des Transports et les PDG des autorités respectives fixaient directement leurs tarifs. La Compagnie égyptienne d’exploitation et de maintenance du Metro (ECM) propose les tarifs du métro au Ministère des Transports pour approbation. Le tramway d’Heliopolis et les bus dans le Grand Caire sont sous la juridiction du Gouvernorat du Caire et ils sont exploités et réglementés par la CTA (Cairo Transport Authority) qui fixe ses tarifs de manière indépendante. Un bureau de service, dans le Gouvernorat du Caire, est responsable de la réglementation des taxis et des microbus. Tous les modes de transport sont subventionnés par le gouvernement.

De plus, le billet de métro n’a pas été augmenté depuis plusieurs années et aujourd’hui, il est discuté au Parlement à cause de son impact sociopolitique.

  Ticket Price in EGP
Metro 1*
Heliopolis Tramway 0,5
Bus 2-3
Microbus selon l’itinéraire

*2 depuis le 23/03/2017

Le GCTRA devrait devenir responsable des politiques tarifaires de tous les modes de transport dès que ses services seront efficaces.

Je pense que nous avons besoin d’une étude de politique tarifaire préliminaire afin de comprendre le montant des prix des billets sans subventions et ensuite définir le prix en fonction des besoins des usagers et le pourcentage de subvention requis de l’État. Nous devons revoir la politique tarifaire du Grand Caire ! Le nouveau prix du billet sera lié au nombre d’usagers annuel de chaque mode de transport et cela nécessitera la mise en place de systèmes TIC pour la billetterie. Le gouvernement sera responsable de la couverture d’une partie des tarifs et les usagers de l’autre partie.

Comment GCTRA peut-il participer au processus d’intégration tarifaire ?

GCTRA disposera d’un service central de gestion de la billetique et de gestion des tarifs qui devra superviser le développement et la mise en œuvre des systèmes et politiques mis en place et coordonner avec les principaux intervenants internes et externes. Ce département sera divisé en :

  • Département général de la gestion des systèmes tarifaires qui fournira des plans, établira le système tarifaire selon les normes internationales et prendra en considération les contributions des principales parties prenantes. En plus, il sera responsable du :
    • Département de configuration du système tarifaire qui supervisera la mise en place du système de tarification selon les normes internationales et en collaboration avec les principales parties impliquées ;
    • Département de diffusion et surveillance du système tarifaire qui permettra de gérer la mise en œuvre des tarifs et de fournir des conseils et des solutions aux problèmes.
  • Département de direction générale de la gestion des billets qui planifiera la distribution des revenus et surveillera leur mise en œuvre et sera responsable du :
    • Département de surveillance et de distribution des produits de billetterie qui allouera et calculera les recettes exactes en temps opportun.

Les futurs plans sur les politiques tarifaires ?

GCTRA vise à créer un réseau de transport public de qualité et fiable afin de convaincre les propriétaires de voitures à quitter leurs véhicules et à faciliter la circulation sur les routes du Greater Cairo. Ces services ciblent une classe sociale égyptienne qui peut se permettre de payer le montant total du billet sans subvention du gouvernement. Ce type de tarification sociale devrait contribuer à améliorer les transports publics en évitant de nouvelles subventions gouvernementales.

GCTRA envisage également de développer un système de BRT dans le Grand Caire qui pourrait être l’occasion d’intégrer tous les modes à travers des systèmes de billetique TIC homogènes afin de garantir une intégration réussie des tarifs.

 

Interview réalisée le 13/02/2017

Partenaires associés

Agence Française de Développement (AFD)

L’Agence Française de Développement (AFD) agit depuis soixante-dix ans pour lutter contre la pauvreté et  favoriser le développement dans les pays du Sud et dans l’Outre-mer. Au moyen de subventions, de prêts, de fonds de garantie ou de contrats de désendettement et de développement, elle finance des projets, des programmes et des études et accompagne ses partenaires du Sud dans le renforcement de leurs capacités.

Les transports constituent un secteur d’intervention traditionnel de l’AFD. Sur la période 2001-2005, l’Agence a mobilisé environ 164 M€ par an en moyenne pour la mise en œuvre de projets dans le secteur des transports (en incluant les projets de développement rural et urbain comportant des activités de transport).

Centre pour l’Intégration en Méditerranée (CMI)

Le Centre pour l’Intégration en Méditerranée (CMI), basé à Marseille, a pour objectif d’améliorer la convergence des politiques de développement durable par le biais d’une plate-forme d’échange de connaissances et d’apprentissage collectif.

CEREMA – Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement

 Le
Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement www.cerema.fr ), établissement public de l’Etat à caractère administratif, rassemble 3000 experts et agents et comprend 11 directions techniques et régionales qui couvrent tout le territoire français. Centre de ressources et d’expertise scientifique et technique interdisciplinaire, ses actions promeuvent un développement durable des territoires et une économie décarbonée. Ses thématiques principales concernent l’espace public et son aménagement, la mobilité et les infrastructures de transport, l’environnement, l’efficacité énergétique, la maîtrise des risques et le bien-être environnemental de la population.

A ce titre, le Cerema déploie une part importante de ses activités sur les problématiques de la mobilité, des services de transport et des politiques de déplacement des voyageurs et des marchandises, en France mais aussi en Europe et à l’international vers les pays développés, en transition ou en développement.

Le Cerema est représenté auprès de la CODATU par son directeur technique territoires et ville.