[compte-rendu webinar] politiques tarifaires des systemes de transports en commun: un defi pour les villes mediterraneennes

[compte-rendu webinar] politiques tarifaires des systemes de transports en commun: un defi pour les villes mediterraneennes
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Sara ABD ALLA
CODATU
Cooperation in Egypt and (Sustainable Urban Transport) Community of Practice Project Manager
Actualité CODATU Vendredi 31 Mars 2017

Le webinar organisé conjointement par la CODATU et le CMI, a eu lieu le Mercredi 11 Janvier 2017 dans le cadre des activités de la Communauté de Pratiques pour le Transport Urbain Durable en Méditerranée. 

Conçue comme une initiative ayant comme objectif de promouvoir l’apprentissage collaboratif et le renforcement des capacités, le webinar a permis de présenter d’un côté l’expérience du terrain tunisienne d’un responsable de transport et de l’autre côté la vision d’un expert apportant des éclairages basés sur l’expérience Française en matière de politiques tarifaires.

Les auditeurs ont pu se connecter à distance pour entendre M. Wahid Ben Slimane (TRANSTU) et M. Pierre-François Nouaille (CEREMA). Pendant la première session, Pierre-François Nouaille, expert sur les questions de financement au CEREMA, a analysé l’expérience française en matière de politique tarifaire à travers la présentation de quelques cas concrets ; a suivi la présentation de Wahid Ben Slimane, Chef de département commercial et Marketing et Chef de projet du nouveau système billettique de la Transtu (principal opérateur de transport du Grand Tunis), qui  a présenté les différents acteurs opérant dans le secteur du transport collectif de voyageurs dans le Grand Tunis et a donné un aperçu de la problématique de l’intégration tarifaire entre ces opérateurs. M. Ben Slimane a exposé la complexité des systèmes tarifaires en Tunisie et l’absence d’interopérabilité entre les opérateurs ce qui pose un vrai problème dans un système de transport en fort développement comme celui de Tunis.

Les deux présentations ont mis en valeur les principaux obstacles rencontrés ainsi que les stratégies mises en place pour les franchir. La deuxième demi-heure a été entièrement dédiée aux questions des auditeurs.

L’intégration tarifaire et tarification sociale en France

La correspondance gratuite sur un même réseau, qui permet à un usager de passer gratuitement d’une ligne à l’autre, indépendamment du mode emprunté, s’est généralisée sur les réseaux urbains depuis le début des années 80.

À différence de l’Ile-de-France où la présence d’une AOT unique (STP puis STIF à partir de 2000) a permis la mise en place dès 1975 de la carte Orange, les territoires de province se caractérisent par un partage de compétences entre différentes collectivités. Normalement, l’organisation du transport public en France s’exprime à travers trois niveaux :

  1. L’Autorité Organisatrice de la Mobilité Urbaine à l’échelle urbaine ou des agglomérations,
  2. Le Département pour le transport interurbain (perte de la compétence au 1er janvier 2017) et
  3. La Région pour le Transport ferroviaire régional ou de substitution.

La mise en œuvre de tarifications multimodales intégrées est donc subordonnée à un accord volontaire entre autorités organisatrices intervenant sur un même territoire. À l’image du degré de coopération des pouvoirs locaux, le degré d’intégration des politiques tarifaires existant sur le territoire est donc très variable : ces tarifications portent sur des territoires plus ou moins étendus, concernent des gammes tarifaires plus ou moins complètes et incluent des modes de transport plus ou moins nombreux.

Ce besoin a souvent amené les autorités organisatrices à lier intégration tarifaire et système billettique à travers des formes innovantes (type carte à puce). Si ces outils permettent une connaissance plus fine des mobilités et facilitent la détermination des clefs de financement entre AOT, ils ne sont pas pour autant indispensables à l’intégration tarifaire. L’intégration tarifaire entre différents réseaux permet à l’usager de s’affranchir de la notion d’autorité organisatrice pour utiliser l’ensemble des réseaux présents sur un territoire; la tarification intégrée permet d’effectuer, avec les titres de la gamme tarifaire, des déplacements à bord de tous les modes présents sur un territoire sans distinction des compétences auxquelles se raccrochent ces modes.

L’article 111 de la Loi SRU (codifié dans le Code des transports aux articles L1231-10 et L1231-11) permet depuis 2000 à plusieurs autorités organisatrices de transport, sur un territoire qu’elles définissent, de s’associer au sein d’un syndicat mixte de transport dont les missions comprennent notamment, la mise en place d’une tarification coordonnée permettant la délivrance de titres de transport uniques ou unifiés. Cette pratique est cependant encore rare en France (avec seulement 12 syndicats mixtes SRU créés fin 2011). Cette difficulté de coordination dans la mise en œuvre des politiques tarifaires s’illustre notamment dans la faible part représentée par les déplacements intermodaux dans l’usage des TCU : moins de 1 % en 2011.

Pour plus de détails, veuillez consulter la présentation de M. Pierre-François Nouaille Présentation webinar Pierre-François Nouaille Cerema.

Le Nouveau Système Billetique TRANSTU

Reseau Bus TranstuLe système de transport public collectif en vigueur dans le Grand Tunis se caractérise d’une part par sa complexité avec la coexistence de plusieurs modes et opérateurs, desservant un milieu métropolitain et régional, et d’autre part par l’absence d’une politique globale de transport public collectif et d’un système assurant l’intégration tarifaire des réseaux.
Le transport public des voyageurs dans le Grand Tunis est assuré actuellement par 2 opérateurs publics TRANSTU et la Société nationale des chemins de fer tunisiens (SNCFT), 4 opérateurs privés et des taxis (taxi individuel et taxi collectif), qui assurent ensembles le déplacement de 1,4 Millions de voyageurs par jour.

Avec 390 millions de voyageurs par an, TRANSTU exploite le réseau de métro léger, y compris la ligne Tunis-Goulette-Marsa (TGM), et un réseau de bus urbains. Ces deux modes ont été intégrés en un seul réseau lors de la création de la Société des transports de Tunis (STT) dont TRANSTU est le nom commercial. La SNCFT exploite une ligne ferroviaire de banlieue entre Tunis et Erriadh via Hammam-Lif (ligne A du futur réseau RFR) . La billettique de cette ligne est actuellement à support papier avec une tarification à sections. Les sociétés privées de transport, TUS, TCV, TUT et STC exploitent plus de 30 lignes de bus à l’intérieur de l’agglomération. Il n’y a actuellement pas d’intégration tarifaire entre ces différents opérateurs mais une forte proportion d’usagers des TC (environ 60%) bénéficient de tarifs réduits, dans le cas du transport scolaire et universitaire, voire de la gratuité, pour les représentants des forces de polices, de l’armée, ou certains fonctionnaires.

Un système de billettique intelligent est en cours de création sur ce réseau pour mieux intégrer les deux modes (métro léger et réseau de bus urbains) mais la tarification n’est pas intégrée entre les sous-réseaux de la STT. M. Ben Slimane a montré les enjeux qui s’imposent à l’occasion de la mise en  place des nouveaux systèmes billettique et de  l’achèvement de l’étude du système tarifaire pilotée  par le ministère du transport.

La nouvelle billettique en cours d’installation sur le réseau bus et ferré de TRANSTU utilisera des supports magnétiques (tickets, carnets de 10 tickets et cartes hebdomadaires  et sans contact (abonnements). La validation s’effectuera  uniquement à l’entrée des stations : 55 sur un total de 90 stations du réseau ferré et 03 grandes stations du réseau bus seront fermées, les autres seront ouvertes avec des bornes de validation à quai. Pour le bus la validation et la vente s’effectueront  à bord.

Par ailleurs, le réseau ferroviaire rapide de Tunis (RFR), en cours de construction, est un élément essentiel de la stratégie d’amélioration de la mobilité urbaine et du développement durable du Grand Tunis. Pour maximiser l’efficacité de ce réseau et enrayer la dégradation de la part modale des transports en commun il importe de mieux intégrer la tarification des différents modes de transport et d’intégrer la nouvelle billettique en cours de mise en place sur le réseau TRANSTU et bientôt sur le réseau RFR aussi.

Dans ce cadre le Ministère du Transport a engagé une étude dont l’objectif est de réviser l’intégration des réseaux publics de transport en commun sur le plan tarifaire à travers l’harmonisation des structures tarifaires et des systèmes billettiques de l’ensemble des opérateurs publics pour les modes bus et fer, avec comme principaux réseaux concernés le réseau TRANSTU et le RFR .

Une intégration tarifaire plus globale incluant les opérateurs privés sera également envisagée; cet aspect prendra en compte les opérateurs privés existants, mais anticipera aussi la naissance éventuelle d’autres privés.

Pour plus de détails, veuillez consulter la présentation de M. Wahid Ben Slimane Présentation webinar Wahid Ben Slimane TRANSTU

Pour régarder le webinar

Le Webinar Politiques tarifaire des systèmes de transports en commun: un défi pour les villes méditerranéennes est  maintenant accessible à tous les intéressés.

 

Partenaires associés

Agence Française de Développement (AFD)

L’Agence Française de Développement (AFD) agit depuis soixante-dix ans pour lutter contre la pauvreté et  favoriser le développement dans les pays du Sud et dans l’Outre-mer. Au moyen de subventions, de prêts, de fonds de garantie ou de contrats de désendettement et de développement, elle finance des projets, des programmes et des études et accompagne ses partenaires du Sud dans le renforcement de leurs capacités.

Les transports constituent un secteur d’intervention traditionnel de l’AFD. Sur la période 2001-2005, l’Agence a mobilisé environ 164 M€ par an en moyenne pour la mise en œuvre de projets dans le secteur des transports (en incluant les projets de développement rural et urbain comportant des activités de transport).

Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée (CMI)

Le Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée (CMI) a pour objectif d’améliorer la convergence des politiques de développement durable par le biais d’une plate-forme d’échange de connaissances et d’apprentissage collectif.

CEREMA – Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement

 Le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement www.cerema.fr ), établissement public de l’Etat à caractère administratif, rassemble 3000 experts et agents et comprend 11 directions techniques et régionales qui couvrent tout le territoire français. Centre de ressources et d’expertise scientifique et technique interdisciplinaire, ses actions promeuvent un développement durable des territoires et une économie décarbonée. Ses thématiques principales concernent l’espace public et son aménagement, la mobilité et les infrastructures de transport, l’environnement, l’efficacité énergétique, la maîtrise des risques et le bien-être environnemental de la population.

A ce titre, le Cerema déploie une part importante de ses activités sur les problématiques de la mobilité, des services de transport et des politiques de déplacement des voyageurs et des marchandises, en France mais aussi en Europe et à l’international vers les pays développés, en transition ou en développement.

Le Cerema est représenté auprès de la CODATU par son directeur technique territoires et ville.